Pour des élus de la droite et de la gauche républicaine, parrains de la candidature de M. le Pen aux présidentielles de 2007.
Par Alexis FRANK :: Politique et analyse institutionnelle
Encore une fois, à l’aube de cette campagne présidentielle, Jean-Marie Le Pen semble jouer la carte de la « victimisation », notamment en théâtralisant la difficulté qu’il rencontre pour réunir les 500 signatures lui permettant de devenir un candidat effectif à la présidence de la république française.
Rappelons brièvement l’état du droit : Outre les « conditions de fond » permettant de se présenter à la magistrature suprême (nationalité française, âge minimum de 23 ans, dignité morale), les conditions de forme ont pour but de filtrer les candidatures, afin d’ « écarter la dérision des farfelus ou hurluberlus, et les réserver aux seuls représentants des diverses sensibilités politiques » (J. Gicquel, Droit constitutionnel et institutions politiques, Montchrestien, 18e édition, p. 529). A ce titre, les futures candidats doivent obtenir 500 signatures émanant de citoyens titulaires d’un mandat électif (exception faite du président de la république), c’est à dire de membres du parlement, de conseils régionaux, de l’assemblée de Corse, de conseils généraux de départements, de Mayotte et de St Pierre, du conseil de Paris, des assemblées territoriales de la Polynésie, des îles Wallis et Futuna, des assemblées de la nouvelle calédonie, maires, maires délégués, maires des arrondissement de Lyon et de Marseille, députés européens. L’ensemble de ces élus représenteraient environ 40 000 personnes (sachant qu’il existe déjà 36 000 communes en France, on pourra se faire une idée au passage du cumul des mandats en France). Théoriquement, le nombre de candidats est donc limitée à 80. Pour qu’un candidat puisse effectivement se présenter, précisons enfin que les 500 signatures doivent émaner d’élus d’au moins 30 départements (ou territoire d’outre mer) et que le dépôt de ces signatures se fait devant le Conseil constitutionnel (gardien des élections), qui tirera au sort les signataires pour les publier au Journal officiel. Par ailleurs, l’ensemble des parrainages sont affichés dans les locaux du Conseil. Autrement dit, quiconque désire savoir qui a parrainé tel candidat peut obtenir l’information (s’agissant de 2002, on peut trouver la liste des parrains tirés au sort).
Deux questions liées se posent alors s’agissant des 500 signatures devant être collectés par Jean-Marie Le Pen :
-La première : Jean-Marie le Pen connaît-il réellement des difficultés pour obtenir les parrainages ?
La réponse est difficile. Pour acquérir le droit de concourir une cinquième fois à l’Elysée, Le Pen peut compter sur les 157 conseillers régionaux FN. Si l’on ajoute à cela les autres élus FN qui ne sont pas déjà élu régional, les frontistes seraient entre 280 et 350 (les chiffres, en raison des cumuls, sont très difficiles à établir. Si quelqu’un disposent de ceux-ci, merci de faire passer l’information). Par ailleurs, si l’on ajoute aux parrains frontistes l’ensemble des élus d’extrême droite, plus d’un milliers d’élus sont susceptibles de valider la candidature de M. Le Pen. Deux obstacles néanmoins : D’abord, le nombre de candidats extrême droite est de plus en plus important au fur et à mesure des campagnes. On compte déjà trois candidats déclarés pour 2007, avec en plus de M. Le Pen, B. Mégret et P. De Villiers. Autrement dit, les élus de la droite dure sont très sollicités et de fait, leur soutien s’éparpille. Autre souci, les formulaires officiels ne sont remplis que quelques semaines avant le premier tour. Le Front a été échaudé en 2002 par la rétractation tardive de 200 maires. Par conséquent, certains parrains signent des promesses puis changent d’avis. Il faut donc viser plus haut que 500 promesses. Finalement la réponse à la première question est la suivante : En comptant sur les seuls élus d’extrême droite, Le Pen rencontre nécessairement des difficultés pour réunir l’ensemble des parrainages. Néanmoins, ces difficultés sont mises en scène et instrumentalisée. Cette instrumentalisation pose la deuxième question.
-Quelle est la responsabilité et la fonction des membres du collège des 40000 élus ?
Il me semble que la fonction des signataires n’est pas de soutenir tel ou tel candidat. Autrement dit, leur rôle n’est pas de parrainer le candidat correspondant à leur couleur politique ou à leurs opinions. Le collège joue historiquement un rôle de filtre qui est nécessaire à la lisibilité des élections. Ils ne sont pas pour autant des censeurs. Il n'est pas du tout choquant, à mon sens, qu’un élu de la droite ou de la gauche républicaine apporte sa signature à M. Le Pen qui, et c’est le moins que l’on puisse dire, apparaît depuis plusieurs années comme un candidat sérieux…. Jamais il ne faudrait critiquer un élu de l’UMP ou du PS qui a donné sa signature au candidat frontiste. Au contraire, il faudrait à mon sens les encourager et les médiatiser afin qu'il fasse connaître à M. Le Pen la réponse de la démocratie à ses opinions.
J’y vois même deux avantages : Le premier est le respect de cet adage anglo saxon : « I don’t agree with what you say, but I will gladie die for your right to say it » (Je ne suis pas d’accord avec ce que tu dis, mais je mourrai volontiers pour ton droit de le dire). Sans doute M. Le Pen n'appliquerait pas cette prescription. Il faut pourtant mettre un point d'honneur à la mettre en oeuvre. Le deuxième concerne le déroulement même des élections. En conférant à M. Le Pen une relative facilité à obtenir ces signatures, on lui supprime un prétexte pour se victimiser, chose qu’il se complaît à faire pour séduire son électorat.





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